TROUVER SON REFUGE...


 

    L’œil vif et le geste rapide il s’attardait dans le grand hêtre près du noisetier. Ses ancêtres venaient de Normandie et, de génération en génération, fatigués de l’atmosphère trop humide de cette région, ils avaient voyagé pour se rapprocher du soleil et de températures plus clémentes ! Il en avait fallu des sauts et des bonds à la belle saison, pour arriver à élire domicile dans le sud de la France !…



Lorsque Titou se remémorait tant d’années de migration vécues par ses aïeux, il en frissonnait d’admiration… Ils avaient dû fournir un courage et une ténacité hors du commun pour ne pas abandonner cette idée qu’il qualifiait d’héroïque ! Pensez donc, ce long parcours avait certainement été truffé de dangers et de pièges et pourtant ils avaient réussi !

Au fur et à mesure de leurs étapes successives, sous l’effet d’un climat un peu plus sec, un peu plus froid, leur descendance avait vu leur houppelande gagner en épaisseur et en couleurs vibrantes et lumineuses… Sa mère lui avait souvent expliqué que ses grands-parents étaient très différents avec leur poil clair et une personnalité un peu incertaine dans leurs décisions… Toutefois, Titou se félicitait qu’ils aient eu assez de suite dans les idées pour ne pas abandonner avant de s’établir dans ce coin enchanteur peuplé de mélèzes et de chants d’oiseaux, dans lequel il avait décidé lui, Titou, de vivre définitivement !



    Tout en réfléchissant, du haut de son hêtre, il serrait bien fort entre ses pattes griffues la noisette qu’il allait ajouter à sa collection particulière… L’hiver approchait et les réserves étaient encore un peu légères !

    D’un bond gracieux Titou sauta de branche en branche jusqu’au tronc de l’énorme mélèze qui était son domaine particulier et dans lequel il avait prévu un superbe garde-manger à l’abri des regards !

  


 C’était son quartier, son fief, sa maison, son refuge… Tout à son aise il pouvait s’endormir sur les notes aériennes du rouge-gorge ou les trilles de la sittelle, bader aux corneilles caressé par une brise relaxante, respirer les effluves résineuses des conifères (sa santé s’en trouvait fort bien, il n’était jamais enrhumé…) ou simplement se distraire en écoutant siffler les merles ! D’ailleurs il ne manquait jamais les concerts organisés par la joyeuse bande d’étourneaux qui l’entourait et dont les aubades s’élevaient jusqu’au firmament!


  


 Pour toutes ces raisons, Titou se disait, en lissant sa fourrure fauve d’une jolie langue espiègle, qu’il n’existait certainement pas de petit écureuil aussi heureux que lui… Il apprendrait à ses enfants, s’il en avait un jour, que le bonheur était là dans ce décor splendide balayé par l’air vivifiant de la montagne alpine… Son plus cher désir était d’y séjourner pour toujours ! 

    Titou bailla en découvrant deux petites dents nacrées, et tel un lutin disparut soudain dans les profondeurs de son repaire !…





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