SAUVETAGE
– « Encore un jour dans cette tanière… Le ciel étoilé va bientôt disparaître au profit d’une aube nouvelle !… Combien de temps vais-je encore moisir dans ce trou ?… Chaque matin mon inquiétude augmente… Est-ce que mon copain Pierrot aura une idée lorsqu’il me lancera ma première feuille de pissenlit ? Est-ce que Marguerite, ma douce amie, aura trouvé la clef qui me permettra de retrouver la liberté ?… J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, vérifier s’il n’existe pas une faille le long de cette falaise terreuse, trépigner de rage et d’impuissance, je ne vois pas d’issue et je commence à déprimer sérieusement… »
« Oh– là, Pilou, tu dors ?…"
C’est Victor, le vétéran, avec une botte d’herbes fraîches que je reçois entre les oreilles… Sa question est incongrue, que puis-je faire d’autre dans cette pénombre… Alors, je ronchonne :
– « Est-ce que le clan s’est réuni comme prévu ?…
– « Oui, nous avons ouvert une session extraordinaire en ton honneur et il y a peut-être une solution… »
Mon œil s’éclaire, mon nez frémit, mes oreilles se redressent, tout mon corps retrouve sa vigueur en quelques secondes !
– « Laquelle, dis- moi vite…
– « Te souviens-tu de notre amie « taille élancée » toujours prête à gambader ?…
– « Bien sûr, mais n’est-elle pas en classe d’escalade ?…
– « Elle y était, mais elle est rentrée hier et nous l’avons convoquée aussitôt. Elle a pu tromper la vigilance de son groupe et assister à notre réunion…
– « Alors ?… Ne me fais pas languir !
– « Alors voilà ! Elle connaît bien ce trou dans lequel tu mijotes, car il existe depuis longtemps et les intempéries ont dû un peu le combler, d’après elle. Elle le connaît, car elle y a séjourné une demi-journée après une chute malencontreuse. À l’époque elle a pu réintégrer la terre ferme grâce à certaine racines agrippées à la paroi, racines que l’on ne voit pas à l’œil nu mais dont elle se souvient très bien, tu t’en doutes ! Ecoute-moi bien, à la tombée du jour, lorsque la surveillance du berger se relâchera, elle viendra jusqu’à toi. Fais-lui confiance, tu sais qu’elle n’a peur de rien… Il te suffira de t’accrocher à son dos et de la laisser faire ! Elle m’a assuré que ton sauvetage était une bricole pour elle… Et nous serons tous là, au bord du trou, pour te réceptionner et te réconforter ! D’ailleurs, Marguerite nous a mitonné un festin de carottes à l’anis dont tu me diras des nouvelles… Alors, prends des forces avec ces herbes et attends que le soleil passe… Le chant des oiseaux va te tenir compagnie et tu seras bientôt avec nous… »
C’est
ainsi que par une tiède soirée d’été l’on vit danser, autour
d’un cèdre majestueux, une chèvreun
peu émoustillée suivie d’une ribambelle de lapins aux yeux
coquins !…
Un peu d'humour par cette canicule...







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